Une enfant des Brigadières
Martine Rousseau, médecin
Née en
Algérie, Martine Rousseau est arrivée en France, en 1962. Elle
avait cinq ans et demi : "Je me
souviens très peu de l’Algérie. C’était la guerre. Mes
parents ont beaucoup souffert de cette fuite. Pour ma part, je
n’en ai aucune cicatrice."
Elle habite alors à la cité Emmaüs, à Argenteuil. Pour la petite
Martine, cette période était dure. "Il y avait beaucoup de misère",
souligne-t-elle. "Nous y avons
vécu jusqu’au jour où mon père a trouvé, en 1966, un
appartement à la cité des Brigadières, à Bezons. Nous avons fait
partie des premiers locataires. C’était un événement heureux
pour toute la famille, car c’était le luxe."
Après avoir été scolarisée, à son arrivée en France, dans une
école privée catholique d’Argenteuil, qu’elle qualifie
d’"institution très
stricte", Martine se retrouve dans une école publique à
Bezons : "J’ai eu beaucoup
de mal à me réhabituer aux manières normales. Mon entrée à
l’école publique a été une libération !"
Cours moyen 2e année, dernière année à l’école Victor-Hugo,
avant l’entrée au collège Romain-Rolland : "Madame Lorraine, mon institutrice,
également directrice de l’école, a insisté auprès de mes
parents pour que je fasse des études longues. Ils ont d’abord
été inquiets car ils pensaient que venant d’un milieu
populaire je ne pouvais pas faire ce type d’études. Mais sans
le collège et le système d’enseignement public, je ne serais
pas devenue ce que je suis."
A cette époque, malheureusement, précise Martine Rousseau, peu de
jeunes de la cité s’engageaient dans des études longues.
"Aux Brigadières, se côtoyaient
des gens de tous horizons dont quelques immigrés. Il y avait une
vie sociale importante. Personne n’était au chômage. Pas de
misère ni de problème de sécurité. Mais, petit à petit, la cité
s’est sécurisée : caves fermées à clé et chaînes sur les
vélos. Il y a eu de plus en plus de serrures."
Puis viennent les années à l’université de médecine. "J’ai toujours ressenti que je ne
venais pas du même milieu que mes camarades étudiants. J’ai
été marquée par ma vie à Bezons. C’est une petite ville.
Beaucoup de gens se connaissent, même si ce n’est que de vue.
Toute ma génération s’est tournée vers la ville et vers les
autres. On rêvait de changements. Pour ma part, les prêtres ont
forgé ma conscience politique. J’espère ne pas avoir changé
même si mon statut a évolué."
Le choix d’exercer à
Bezons
Martine l’affirme haut et fort : elle n’a jamais pensé
s’installer ailleurs qu’à Bezons. "J’ai une dette envers elle et y
exercer mon métier, c’est régler cette dette." Depuis
23 ans, elle pratique la médecine dans cette ville qui l’a
accueillie et dont elle connaît si bien la population. "Ma salle d’attente est métissée.
On y parle différentes langues. J’adore cette
ambiance."
Et pour rien au monde, elle ne confierait ses patients à des
personnes en qui elle n’a pas confiance. " Les malades sont précieux. J’ai
travaillé de nombreuses années en collaboration avec
l’hôpital Louis- Mourier de Colombes. Actuellement, je
travaille aussi beaucoup en collaboration avec les médecins de
l’hôpital d’Argenteuil."
Si les anciens Bezonnais se portent plutôt bien, le docteur
Rousseau est bien plus inquiète pour les jeunes et les femmes
seules dont l’état de santé est beaucoup plus préoccupant.
"Je sens une montée de la
précarité, chez les jeunes. Beaucoup ont des soucis pour se
soigner. Il m’arrive même, parfois, d’appeler la mairie
pour signaler des familles qui sont en danger."