La libération de la France
Eté 1944
Le 6 juin 1944, jour du débarquement allié en Normandie, donne le coup d’envoi de la Libération de la France. La fin de la Seconde guerre mondiale, conflit le plus meurtrier de l’histoire, se profile. Le 24 août voit la libération de Paris et de sa région. Une atmosphère de joie intense envahit le pays. Des Bezonnais ont vécu cette page d’histoire inoubliable.
"Le 24 août 1944, Paris se libère, raconte André Hubert,
ancien conseiller municipal de Bezons. Les Parisiens traquent les
occupants,d’heure en heure. La résistance s’intensifie.
A Bezons, malgré le couvre-feu, nous étions tous sur les trottoirs.
L’été était superbe. Nous regardions le défilé de soldats
allemands descendant la route de Pontoise. Les restes de
l’armée du Reich avaient triste mine. La défaite était
significative. Tout à coup, des coups de feu.Madame Cécile Duparc
venait d’être abattue, à sa fenêtre, d’une rafale de
mitraillette. Nous avons vu un soldat tout de noir vêtu descendre
d’une traction avant. Il a ajusté son fusil mitrailleur dans
notre direction. Nous nous sommes cachés derrière un poteau en
ciment. Une rafale de balles siffla à nos oreilles. Une balle a
traversé le genou d’un de mes copains, Gilbert Dupont. Peu
après, nous avons entendu une nouvelle rafale de mitraillette : le
boulanger Gabriel Réby venait d’être abattu devant sa
boutique.Les impacts des balles sont encore visibles. Quelques
jours avant, le tortionnaire de la gestapo, un certain Berger,
avait été abattu par les résistants locaux devant son domicile, rue
des Bonnettes"
Georges Gandon rapporte des faits similaires : "On regardait, euphoriques, les
Allemands partir.Le bruit d’une mitrailleuse s’est fait
entendre. Il y a eu dixsept morts, je crois. Mon frère m’a
jeté dans le caniveau et s’est couché sur moi."
Il se souvient aussi de l’arrivée des premiers Américains.
"Mon frère m’a juché sur le
premier tank. J’y suis resté jusqu’au
Val-Notre-Dame.J’avais six ans. Ça m’a énormément
frappé. C’était l’euphorie."
Jacky Seeleuthner a vu le passage des Américains, au
carrefour du Grand-Cerf : "Ils
venaient de la rue de Montesson et sont passés devant nous, rue
Émile-Zola.Puis,ils sont remontés en direction du pont de Bezons.
Ils nous ont donné des chewinggums et des bonbons.Je ne peux pas
oublier ces moments."
Jacques Leser, maire honoraire de Bezons, a été,
lui aussi, fortement marqué par cette période. "Je me rappelle le passage des trois
premiers chars de la colonne Leclerc. Nous écoutions, à la radio,
l’avancée des troupes alliées en France et en URSS et nous
mettions des fanions sur une carte pour indiquer où elles se
trouvaient."
Dans cette atmosphère de liesse, Georges Gandon, accompagné
de son père et de sa mère, assiste à une scène traumatisante, au
parc Saccoet- Vanzetti : "Une
blonde magnifique, rasait la tête de femmes qui avaient couché avec
des Allemands.Elle a été arrêtée quelques jours plus tard, puis
exécutée au Mont-Valérien, car, elle-même, avait été la maîtresse
d’un général allemand."
Solange Roze évoque ce
grand moment de joie. "Mais,
ajoute-t-elle,j’attendais surtout le retour
d’Auguste,mon mari."
Les Bezonnais étaient nombreux à espérer le retour des
prisonniers et le préparait. "Nous avons organisé une fête pour leur
retour, dans le café de mon oncle, rue Émile-Zola, « Marinesque »
que tout le monde appelait chez Binet, explique Madeleine
Olgiati. On avait suspendu
des billets et des pièces au plafond.Et lorsque nos voisins
prisonniers sont revenus d’Allemagne, nous avons décroché
l’argent et leur avons donné."
L’un de ces prisonniers, Manuel
Laumonnier, relate son retour, bien après la Libération : "À Bezons, j’ai découvert le
ravage des bombardements. Le pont de Bezons et des usines avaient
été détruits. Pour beaucoup d’anciens prisonniers, le retour
à la vie a été difficile. On manquait de tout. Un grand nombre
d’entre eux est décédé dans les années qui suivirent.
"
"L’occupation nous avait tout
pris,déclare André Hubert.Nous n’avions plus de
chaussettes,de chemises, de draps La famine était proche.
Il fallait pourtant survivre. Pendant des heures, il fallait faire
la queue devant les commerces et devant la Maison commune pour
recevoir une assiette de soupe populaire."
Malgré tout, le climat est à la confiance. La fin de la guerre est
proche.
Un groupe de jeunes Bezonnais décide de rejoindre la colonne du
Colonel Fabien. "Comme tant
d’autres, ils ne sont jamais revenus, regrette André Hubert.
Et parmi eux,mon copain Roger Perrin."