L'usine Renault de l'Île Seguin
La mémoire ouvrière
Cathédrale de verre et d’acier, l'usine Renault de l'Île Seguin était surnommée l’île du diable, tant les conditions de travail y étaient pénibles...
Le réalisateur
Medhi Lallaoui et le photographe Gilles Larvor, photographe
bezonnais, ont été les derniers à immortaliser la cathédrale de
verre et d’acier qu’est devenue l’Île Seguin.
Surnommée l’île du diable, tant les conditions de travail y
étaient pénibles, cette ancienne usine Renault, construite en 1929,
avait compté jusqu’à 10 000 ouvriers et rassemblé 58
nationalités. Après l’arrêt de la production, en mars 1992,
d’anciens travailleurs ont créé une association
(l’Atris) pour préserver la mémoire de ce passé récent.
C’est à leur demande et avec l’aide de
l’historien Emile Témime que les deux hommes d’images
ont fait un film et un livre sur ce mémorial du combat
ouvrier.
Durant des semaines, accompagnés des anciens de l’île
Seguin, ils ont investi les ateliers, les coursives, les quais, les
toits, les fosses les cantines, les souterrains. "Les ouvriers étaient particulièrement
émus" indique
Medhi Lallaoui. "
Ce lieu, complètement vide, était très
impressionnant, ajoute Gilles Larvor. Je me souviens d’une
lumière extraordinaire et d’un silence
inquiétant."
Alors que Medhi Lallaoui filme les gueules marquées par les années
passées à la chaîne, Gilles Larvor raconte à travers ses photos la
fin d’une époque : "Cette
usine, c’était pour moi le grand tombeau de la classe
ouvrière. J’ai fait poser les OS dans des lieux symboliques
comme la centrale électrique ou l’esplanade." "L’esplanade, c’est le
réceptacle de la mémoire du combat ouvrier. C’est
l’endroit mythique de l’île, explique le
réalisateur. C’est là que
se rassemblaient lors des coups de chauffe les milliers de
travailleurs. C’est d’ici que se lançaient les mots
d’ordre, que se votait la grève, que l’on conspuait les
puissants de ce monde et que s’exprimaient les
solidarités."
Car malgré les difficultés, la solidarité reste le principal
souvenir de cette histoire commune.