Jacques Leser
Une vie dédiée à Bezons
On devine dans le Bezons d’aujourd’hui, et dans les projets pour le Bezons de demain, les souvenirs d’enfance de Jacques Leser que les intimes appellent Jacky. Car raconter l’histoire de Jacques Leser, c’est raconter l’histoire de Bezons : l’homme porte en lui plus d’une moitié de siècle de la ville.
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C’est à l’âge où l’on
fait ses premiers pas que Jacques Leser découvre Bezons. "Je suis arrivé à Bezons à l’âge
de quatre ans. Mes parents étaient originaires d’Alsace. Ils
sont venus sur Paris pour des raisons économiques. Nous avons
quitté Levallois pour nous rapprocher du lieu de travail de mon
père, à la Sagem, mais aussi de la campagne."
Mais, très vite, la Seconde guerre mondiale l’éloigne
de la ville. "Après le décès de
mon père, en 1942, je suis allé chez un oncle, à
Ville-d’Avray". C’est là qu’il assiste aux
prémices de la Libération de Paris. "J’ai vu passer les trois
premiers chars Leclerc !"
Retour à Bezons, en 1944. "J’ai passé ma primaire à
l’école Paul- Vaillant-Couturier. C’était une école
moderne, avec chauffage central."
A cette époque, les blessures de la guerre sont encore grandes
ouvertes. "À côté de
l’école, il y avait des abris. Ils sont restés plusieurs
années après guerre. Et pour prendre les transports pour Paris, on
devait franchir la Seine, car le pont avait été détruit. Il
n’y avait qu’un pont provisoire en bois, sur lequel les
trolleys ne pouvaient pas passer !"
Mais à l’âge de l’innocence, Jacques Leser et
ses amis pensent aussi à s’amuser. "Déjà à l’époque, le sport numéro
un était le football. Mais on n’avait pas de terrain pour
jouer, il fallait aller à Auguste-Delaune. Et ça n’était pas
à côté ! Alors on allait sur les terrains vagues du
coin."
Cette période d’innocence ne durera qu’un temps. Très
tôt, le jeune Jacques découvre le sens du mot engagement, quand
rien ne l’y prédestine. "Je
n’avais pas d’enseignement syndical. Ma mère était
proche du Parti communiste sans jamais y avoir adhéré. Les
conséquences de la Seconde Guerre mondiale, la Libération, les
jeunes ouvrières de ma famille, puis la guerre
d’Algérie Ces événements ont dû motiver mon entrée en
politique."
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Première prise de conscience
à onze ans à peine, en 1947, pendant les grandes grèves. "Dans la famille, les hommes restaient
à la maison car ils étaient en grève. Les écoles étaient fermées.
Donc moi aussi, de fait, j’étais en situation de gréviste,
restant à la maison." La deuxième aura lieu pendant sa
scolarité à Bezons. "J’ai
fait mon cours complémentaire à l’école Louise-Michel.
J’avais des camarades engagés qui faisaient signer
l’Appel de Stockholm, contre l’arme atomique. Ce fut
l’un des événements majeurs de ma prise de
conscience."
En 1953, ses études l’éloignent à nouveau de Bezons. "À cette époque, j’étais en
internat à l’école normale de Versailles. Pendant quatre ans,
je rentrais uniquement le dimanche. Les transports, c’était
une véritable aventure !" Mais elles le rapprochent du Parti
communiste. "L’école
normale était constituée de personnes qui se revendiquaient de
gauche. En 1956, il y a eu les premières actions contre la guerre
d’Algérie. C’est à cette même époque que j’ai
adhéré au Parti communiste. Pour moi, ça faisait partie de ma prise
de conscience."
À sa sortie de l’école, il devient instituteur à
Sartrouville. Au final, de son passé d’écolier, il garde un
sentiment de libération. "Pour
moi, l’école a été libératrice. Je ne rejetais pas
l’idée d’entrer dans le monde ouvrier. Mais mon
évolution scolaire a fait que je suis devenu enseignant, sans
vraiment l’avoir voulu." Il continuera à militer, à
Bezons. "Mon intégration dans le
Parti communiste s’est faite à l’école normale.
J’ai ensuite pris des contacts à Bezons par
l’intermédiaire de copains. J’ai été bien
accueilli."
Mais, en janvier 1958, il est rattrapé par la guerre. Il est
envoyé en Algérie pour faire son service militaire. "Tout ce que j’ai vu et entendu
là-bas m’a conforté dans mes choix politiques. Mes premières
actions politisées ont été contre la guerre d’Algérie, par
des manifestations, ou la vente de l’Humanité pendant le
putsch d’Alger."
Jacques Leser n’oublie pas sa ville durant cette
période. "Pendant une permission,
j’ai participé à une remise de cartes. Les camarades avaient
fait une quête pour me donner un petit pécule, pour m’aider.
Ça m’avait touché ! J’avais aussi un camarade de Bezons
qui m’écrivait en codant ses messages."
Retour en France, en 1960. Il devient enseignant à Bezons, à
l’école Louise-Michel. Renforcé dans ces convictions, il
participe à un comité anti-fasciste "Face aux menaces d’attaque des
paras, on a monté une sorte de milice. On protégeait la mairie, le
domicile du maire et d’autres locaux municipaux, et ce
jusqu’en 1962."
Cet engagement se prolongera par une vie politique active.
En 1965, il obtient son premier mandat de maire-adjoint. En 1979,
il devient maire de la ville, avant de passer la main en 2001. Plus
de trente ans de vie municipale au service des Bezonnais. Jacques
Leser ne s’est pas arrêté pour autant. Il est
aujourd’hui maire honoraire et conseiller municipal de la
ville. Juste pour écrire les prochaines pages de son histoire,
l’histoire d’un homme qui dédia sa vie à
Bezons.